Salamandre, à chacun son vélo

22 février 2021

Qu'est-ce que tu nous as ramené ?

Hier, au cours d'une belle et longue balade, j'ai pris le temps de discuter uvec un vieux du cru. Un de ces vieux qui ont le regard qui pétille d'une éternelle jeunesse. Bribes...

"Je suis né ici puis je suis parti travailler à Lyon. Mais quand mes enfants sont nés on a décidé de rentrer en Ardèche pour leur offrir une autre enfance."

"Le pin est un problème. Il prend toute la place et consomme énormément d'eau. Personne ne l'a planté ici, c'est les pins plantés pour les mines d'Alès dont les semences sont venues toutes seules coloniser la région."

"Mai 68 est ce qui est arrivé de meilleur à cette région. Les gens qui sont venus trouver autre chose ici ont apporté quelque chose de neuf."

"Quand j'étais gamin, on ne faisait jamais un trajet à vide. Même quand on partait pour une simple balade, on ne revenait pas les mains vides. Quand on rentrait on nous demandait : "Qu'est-ce que tu nous a ramené ?". Ça pouvait être une bûche pour le feu, du foin pour les lapins, des produits de la ville..."

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Rapide coup d'oeil à Rocket Queen. Ben ça va pas être facile pour nous de ramener quoi que ce soit aujourdhui ! De la boue de montagne plein les chaussures ? Un peu d'eau de source dans un bidon de vélo qui pue le plastique ? Ou tout simplement la présence paisible et agréable (du moins je l'espère !) de quelqu'un qui en a pris plein les jambes, plein les poumons, plein les yeux...

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Petit éloge au SUV, le Sport Utility Velociped ! C'est pas bien difficile de faire un vélo rigolo qui rentre pas les mains vide...

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20 février 2021

P'titou veut ma peau !

... mais la Salamandre est coriace et a la peau toxique !

Pour comprendre pourquoi Ptitou veut ma peau il faut déjà savoir qu'il m'a énervé ! Mais je ne suis pas resté les bras croisés depuis, et Arthur non plus. Il a compulsé toute une bibliographie sur la question, résolu des équations différentielles super complexes pour conclure que le problème du guidonnage des vélos et notamment des cargos est tout sauf simple.

Alors on a fabriqué un cargo test modifiable en tout sens et procédé à toute une série d'essais pour essayer de comprendre cle schmilblick. Et voilà comment j'ai failli mourir cet après midi. Et je suis certain que c'est un acte prémédité de Ptitou !

Et il y en a une bonne trentaine dans le même genre... Reste plus qu'à dépouiller tout ça. Et à en tirer les leçons...

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17 février 2021

Résilience - Episode 2

Bonjour à tous,

Si vous n’avez pas lu le premier épisode de ma série Résilience, ça se passe ici.

Commençons cet épisode 2 par cette petite pensée qui m’est venue hier.
« Un vélo plus évolué apportera au mieux 10 % de plaisir en plus. Mais quand il sera en panne il apportera 100 % de plaisir en moins et 100 % d’emmerdes en plus. A toi de choisir... »

Loana 2
Résilience(S)

La résilience des vélos est très disparate et peut s’entendre à différents niveaux. Un vélo peut être résilient dans certaines conditions, milieux et pas dans d’autres. Un vélo peut être inutilisable en panne mais facile à réparer alors qu’un autre plus difficile à réparer peut avoir un fonctionnement dégradé acceptable. La résilience peut aussi s’entendre comme la capacité à boucler une sortie ou comme la capacité à être remis en état pour du long terme.

La résilience est aussi très variable selon l’usage et la destination. Les anciens standard ont en grande partie disparu des magasins « modernes » (j’aurais plutôt tendance à les considérer comme étant en retard d’un monde mais ça n’engage que moi…) et surtout, des grandes surfaces spécialisés et il est de plus en plus difficile de les maintenir en état, rapidement en tout cas, si c’est le mode de réparation choisi. Mais c’est exactement l’inverse qui se produira si vous misez sur un atelier participatif ou si vous partez dans un pays moins développé (je vous laisse creuser la notion…) où vous pourrez vous dépanner en piratant un vélo hors d’usage...

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Essai de classification

J’ai essayé d’établir des niveaux de résilience mais ça devient vite complexe et pas forcément utile. Toutefois, cette classification en 4 niveaux me semble intéressante :
1 -  vélo doté de nombreuses pièces en « standards propriétaires » qui ne pourra être dépanné le jour où les pièces en question ne seront plus disponibles. C’est malheureusement le cas de très nombreux vélos actuels, notamment tous ceux dotés d’une assistance électrique tout intégrée
2 – vélo avec des standards modernes (donc qui changent tout le temps) mais non propriétaires (plusieurs marques de produits possibles), dont certaines pièces peuvent être remplacées par des pièces plus résilientes mais demande de changer un certain ensemble (par exemple un pédalier avec plateau direct-mount, le jour où on ne trouve plus la couronne il faut changer tout le pédalier)
3 – vélo très résilient avec des standards qui ont été largement répandus et que l’on peut trouver n’importe où notamment en récup. C’est le cas de nombreux vélos, surtout des VTT, de la fin des années 80, début des 90. On peut mettre en 3+ de vélos spécialement pensés pour la résilience. Genre le même cadre de VTT, si on lui ajoute une patte disque et des plots de commande dérailleur au cadre devient vraiment dépannable dans un paquet de configurations
4 – c’est un vélo 3+ mais pensé pour accompagner la résilience globale. Plus qu’un vélo résilient, c’est un outil de résilience. Donc un cargo (mais solide et simple, raison pour laquelle je préfère le long tail au long john, moins citadin, plus ardéchois : la Mule).


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Le vélo le plus aberrant que je connaisse ? Peut-être le cargo électrique tout intégré. Un vélo censé pouvoir participer à une certaine transition mais qui partira à la poubelle au premier effondrement mineur. Ses vendeurs diront qu’il est de catégorie 4. En fait il est 1… A noter que mon cargo ci-dessus n'est pas non plus de niveau 4 car sa résilience propre n'est pas de niveau 3 (mais peut le devenir avec un peu de bricolage).

Solidité et résilience ne sont pas synonymes. Un vélo peut être solide mais difficile à réparer et sans plan B pour un mode dégradé. Un vélo peut être fragile mais très résilient. Tant qu’à faire, autant avoir un vélo solide ET résilient...

Tous les vélos doivent-ils être résilients ?

Tous les vélos doivent-ils être résilients ? De classe 3 ? Probablement pas. Le vélo de loisir n’est pas mort et il n’y a pas de raison de le faire mourir prématurément. Il y a peut-être urgence, mais on ne peut savoir vraiment où va aller le Monde et il n’y a pas de mal à se faire du bien.

Perso, je n’ai pas envie de renoncer à rouler avec mon fat uniquement parce qu’il est possible qu’il n’ait pas sa place dans le Monde de demain. Je crois aussi qu’on ne peut pas empêcher les gens d’aller au bout de leur démarche, jusqu'à en toucher le manque de cohérence, les limites. Je suis allé jusqu’au gros tout suspendu avec tige télescopique pour me rendre compte que je m’amusais plus sur un singlespeed en acier. Taper le mur et revenir est didactique, s’interdire ou se voir interdire d’aller au bout génère une frustration qui rejaillira plus tard, plus fort. Je crois que ce mouvement d’expansion-rétractation est une Loi de l’Univers qui se vérifie à tous les niveaux. J’essaie maintenant de laisser les gens aller taper dans leur mur et je m’occupe de mes propres murs.

Saint Remèze



Et puis c’est aussi une forme de beauté de voir ce que les mecs arrivent à faire avec ces vélos ultra technologiques. Regardez une manche de championnat du monde de DH ou du freeride de haut niveau. La haute technologie est tout autant une merveilleuse illustration du pouvoir humain qu’une catastrophe…

Donc les vélos non résilients ont probablement leur place. Pour s’amuser ou pour laisser aux autres le droit de se manger aussi le mur. Ils sont didactiques en quelque sorte.

Nous sommes encore dans un Monde où le loisir a une place et il n’est finalement pas très important que les vélos de loisir aient une résilience limitée. C’est quand même pas mal qu’ils puissent finir une sortie ou être réparés sans être mis à la poubelle. En revanche, il me semble nettement plus nécessaire que les vélos utilitaires le soient. C’est déjà en partie le cas, à l’exception majeure des vélos électriques intégrés dont on ne pourra récupérer guère plus que les roues et quelques pièces.

Reste le SUV, le sportif et utilitaire vélocipède. Le SUV, la voiture qui vend du rêve aux citadins et qui ne verra jamais (Dieu merci!) le moindre chemin. Un concept marketing en diable. Mais c’est le  type de vélo qui devrait être le plus répandu. Un vélo fait pour s’amuser mais capable de se muer en  gentil vélotaf, ou le contraire. Le vélo qui fait tout n’est pas possible, trop de paramètres sont réellement antinomiques (un cargo qui passerait les épingles ou de gros gaps???). Mais le vélo qui fait beaucoup peut exister.

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C’est à ce moment là que penser résilience est intéressant car on n’est pas obligé de partir d’un vélo déjà dégradé, un vélo juste fait pour faire le job. On peut le monter de manière à ce qu’il soit ludique, à ce qu’on prenne du plaisir en utilisation loisir, tout terrain ou autre, mais réfléchir à tout un tas de modes dégradés qui feront que dans un monde lui-même dégradé (là encore on peut discuter de savoir si c'est une dégradation ou une regénération...) on trouvera des épaves aptes à le maintenir en état de rouler. Ou sans collapser aussi loin, dans un bazar tel que le bazar ambiant au niveau du marché du vélo où on ne trouve plus rien nulle part, on pourra acheter des pièces compatibles.

A bientôt pour un épisode où nous rentrerons plus dans la ferraille et le cambouis. Je retourne endoctriner mes stagiaires !

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10 février 2021

Résilience - Episode 1

Bienvenue dans une nouvelle petite série intitulée "Résilience". Un mot à la mode en ce moment, et pour cause ! La résilence est la capacité à se reconstruire après un choc traumatique, une perte, un effondrement... Vous aurez probablement remarqué que notre monde fonctionne un peu bizarrement en ce moment. Peu de choses se passent comme on aurait pu le prévoir il y a seulement quelques mois. Et il est peu probable que tout revienne comme avant. Si tel était le cas, ce ne serait de toute manière qu'artificiel et provisoire. Notre civilisation est à bout de souffle. Elle atteint un seuil critique d'absurdité et ne peut en avoir pour bien longtemps. Et à mon sens c'est tant mieux ! Ce qui ne veut pas dire que ça ne va pas être difficile, voire très difficile, mais la fin d'un tel monde est une très bonne chose en soi...

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Il va nous falloir apprendre à vivre différemment. Avec moins, parfois avec presque rien. Mais pas moins intensément. C'est un peu ce que j'essaie de faire déjà au quotidien en limitant mon recours à la voiture, en passant du temps dans ma cabane sans électricité... Et loin d'être une privation, tout cela me procure beaucoup de plaisir. C'est pour moi la différence entre militer pour la décroissance, ce que j'estime être un acte guidé par la peur d'un certain futur, et générer une certaine décroissance comme conséquence d'une simplicité volontaire qui procure énormément de joie. Il est fort probable que la crise que nous vivons soit une des premières contractions d'un grand accouchement. L'accouchement vers un nouveau Monde. En cela elle est un mal nécessaire. Ce podcast de Isa Padovani m'a beaucoup parlé. Peut-être à vous aussi, peut-être pas...

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Mais mon propos n'est pas ici de faire un exposé sur l'effondrement. Vous en trouverez des dizaines sur internet de bien mieux faits. Moi je suis constructeur de vélos artisanaux. Je vis par et pour le vélo peut-être 20 heures par jour et le vélo et mon atelier sont pour moi un miroir du Monde et de mon Monde Intérieur (qui sont d'ailleurs des miroirs l'un de l'autre). Ce que je découvre sur mes vélos, dans mon atelier, je le découvre en moi. Alors parlons de vélo puisqu'on est ici !

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Et quel engin plus que le vélo peut symboliser la résilience ? Ce véhicule tout simple survivra très probablement aux véhicules motorisés plus complexes. Probablement pas des dizaines d'années dans le cadre d'un monde post effondrement, mais au moins le temps de nous retourner et de construire un nouveau monde, probablement sans vélo, à peu près certainement sans voiture.

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Mais nos vélos sont ils résilents ? A mon sens, 99% des vélos vendus de nos jours ne sont pas résilients. La course à la technologie, à la pseudo nouveauté pour faire vendre, à la soi-disant performance a multiplié les standards (qui n'ont au passage plus rien de standard !) tous incompatibles entre eux. Pour réparer un vélo "moderne" il faut telle pièce et toutes les autres (ou presque) ne conviennent pas. Jusque là, ça passait presque inaperçu à part aux yeux de quelques avertis tant est puissant l'attrait pour le toujours plus, le toujours mieux. Mais avec la crise actuelle cela est devenu criant. Nombre de vélos sont immobilisés à ce jour car la pièce nécessaire à leur réparation ne peut être approvisionnée. Je vais faire mon mea culpa. J'ai moi aussi recherché et recherche encore parfois ce toujours mieux et ai créé à mon échelle des solutions pas standard. Ce n'était pas dans le but de faire vendre, de rendre obsolète un ancien standard, simplement de faire "mieux que mieux". Mais le résultat est aussi une faible résilience...

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Les voyageurs sont depuis longtemps ceux qui se sont posé la question de la résilience, dans une moindre mesure, les usagers quotidiens. Mais cette notion était probabalement la dernière des préoccupations des cyclistes sportifs qu'ils soient routiers ou enduristes. De toute manière leur vélo est prévu pour 2, 3 ans de durée de vie. Après il en faut un autre, plus performant (sur le papier du moins). Ça fait fonctionner le marché, et le marché et la résilience ne font pas bon ménage... Aujourd'hui, ces mêmes sportifs sont confrontés au manque de résilience de leur vélo. On peut râler, critiquer et se lamenter. On peut aussi entendre le message. Cette crise a vraiment du bon ! Quand une civilisation, une espèce accède à un niveau de technologie trop élevé pour son niveau de conscience, elle s'autodétruit. La nature est bien faite. Il semblerait que la conscience de l'industrie du cycle soit en deça du degré de technologie atteint...

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Dans le même temps on voit chaque jour sur les sites "branchés" des montages hétéroclites de vélo anciens avec des pièces plus récentes, des cadres bricolés et des sacoches artisanales. Une certaine image de la résilience. C'est bien et c'est pas bien. C'est bien parce que ça montre qu'on peut faire des vélos excitants avec trois fois rien (au moins un sur deux de ces montages me donne envie de l'enfourcher alors qu'il est rarissime qu'un vélo neuf m'attire). C'est pas bien parce que ça lance une mode et la spéculation qui va avec... Ne vous méprenez pas sur l'image ci-dessous. Si ce vélo dans sa peinture d'origine illustre très bien mon propos, son propriétaire, mon ami Jacob, est le premier à déplorer le côté mode et la spéculation qui va avec. Jacob est cadreur, il sait fabriquer des vélos lui-même mais il trouve complètement absurde de "faire pour faire", ce en quoi je le rejoins de plus en plus (c'est une des raisons pour lesquelles les Salamandre ne sont pas de "beaux vélos" classiques mais des vélos plutôt basiques mais pas classiques). Il se régale à adpater d'anciens vélos pour son usage personnel et j'adore son dernier né.

OLD

Je ne dis pas qu'il faut que tous nos vélos soient résilients. J'adore par exemple rouler sur Double 4, mon bon gros fat, qui n'est que très modérément résilent (plus qu'un tout suspendu électrique en 12 vitesses à commande électronique et équipé d'une tige télescopique à commande hydraulique, mais moins qu'un Rockrider 500 à 40 euros sur Leboncoin). Je ne vais pas me priver de continuer à rouler avec lui parce qu'il n'est pas résilient. Le jour où je ne pourrai plus le réparer, nous aurons vécu de bons moments ensemble et il sera temps de nous séparer. Je ne dis pas qu'il faut que tous nos vélos soient résilients mais je trouverais dommage que tous les passionnés que nous sommes n'aient pas au moins un vélo résilient (comme vous pouvez le constater, je n'ai pas encore atteint le stade du vélo unique...).

Loana 8

Alors c'est quoi pour moi un vélo résilient ? Pour moi c'est déjà un vélo solide qui tombe peu en panne. C'est un vélo simple car la simplicité diminue le risque de panne. C'est aussi un vélo entretenu pour le faire durer. C'est encore un vélo facilement réparable au niveau des matériaux (soudure, ligature...), des équipements (pièces faciles à trouver en magasin, en atelier participatif, sur un vélo en panne ou à la déchetterie) et des outillages nécessaires. C'est enfin un vélo reconfigurable, un vélo qui peut accepter plusieurs systèmes de freinage, plusieurs transmissions, plusieurs tailles de roues...

Tandem American Eagle

Je ne vais pas traiter tout cela dans ce seul sujet. C'est pourquoi je lance cette série "Résilience". La suite en cliquant ici...

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31 janvier 2021

Une grande victoire !!!

Aujourd'hui est un grand jour ! Nous sommes le 31 janvier et j'ai terminé ma compta 2020 ! Un objectif que je me donne chaque année depuis 2012 mais que je n'avais jusque là jamais atteint. Ça s'est toujours terminé dans le stress au moment de la déclaration d'impôts.

Bref, c'est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup !

A bientôt pour des nouvelles qui devraient un peu plus vous intéresser ;-)

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26 janvier 2021

Salamandre n°200 - Episode 3 : Sébastien

Quatre guest stars sur ce cadre et déjà deux Sébastien ! Cette fois-ci c'est un jeune stagiaire, mais pas n'importe lequel puisqu'il est mon propre fils. Bien qu'il prépare un Brevet des Métiers d'Art en ébénisterie, il vient en stage en partie à mon atelier. Avec mon ami Pierre (voir ce très vieux post) nous lui avons concocté un stage un peu spécial, en alternance entre l'atelier de Pierre et le mien, autour du sujet des garde-boues en bois, depuis l'arbre sur pied jusqu'à l'intégration sur le vélo. La soudo-brasure n'est pas à proprement parler de l'ébénisterie, mais il est intéressant d'avoir plusieurs cordes à son arc et le bois et le métal se marient si bien. Alors chaque jour passé à l'atelier, Sébastien commence par s'offrir un cordon au chalumeau !

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Pas certain que la 200ème soit dotée de garde-boues en bois (encore que...) mais l'occasion était trop belle d'en faire un petit bout avec mon fiston ! Ce WE m'est venue l'idée de déroger un peu au projet initial pour fabriquer un vélo encore plus original et très cohérent. Plutôt que de réaliser un yoke en tôle ou tubes qui vient se souder sur le boîtier de pédalier et d'installer un classique tube diagonal, faire d'une pierre deux coups : deux tubes fins feront à la fois office de yoke et et tube diagonal. Est-ce une bonne idée ? Sera-ce assez rigide ? Si on essaie pas, on ne saura pas comme dit l'autre...

Un rapide dessin sur FreeCad m'indique qu'il serait judicieux que le "Magic tube", celui sur lequel on a déjà passé deux jours, intercepte la douille de direction à 576mm de l'axe de roue avant. Rien n'est moins sûr, vous avez vu la précision de nos mesures dans le premier message. Mais bon, il y a pas mal de flex sur lequel on peut jouer. Réglage du gabarit, installation du Magic Tube et mesure. Il passe à 575mm, sans jouer sur le flex !!!! J'adore ! On est sur la bonne voie. Go...

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Sébastien nous trouve une super astuce pour aligner les deux tubes avant. J'ai déjà la bonne cale, il suffit d'y percer et tarauder un trou M6 pour qu'elle tienne toute seule sur le gabarit.

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Et si on continue plus loin dans l'idée on se rend compte qu'on a déjà tout l'outillage disponible. Pour une fois rien à fabriquer !

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Pointage et passe à la racine derrière et devant.

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Et on démonte. Je ferai les cordons tranquillement. Faut encore que je travaille la soudo-brasure, je suis entre débutant et confirmé pour l'instant ...

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Merci mon fils adoré !

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10 janvier 2021

Salamandre n°200 - Episode 2 : Jacob

Bientôt 4 mois que Raphaël et Goonie sont venus démarrer avec moi le chantier de la Salamandre n°200, celle qui pourrait aussi s'appeler -001. 4 mois que le tube mythique rempli de résine de cintrage a passés accroché au clou. La visite de Jacob ce WE m'a permis de le décrocher et de faire un pas de plus.

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Etape 1 et non des moindres:  redresser ce tube que la cintreuse double a fait partir vraiment de travers. Une machine qui m'a demandé en son temps plusieurs semaines de fabrication dans le but d'obtenir facilement et rapidement des tubes cintrés bien symétriquement. Le résultat obtenu parle de lui-même, et cette étape de redressage qui semble basique nous a demandé deux bonnes heures ! La confrontation de la théorie et de la pratique...

Etape 2 pas gagnée non plus : vider la résine de cintrage du tube. Vraiment pas évident. Si encore il avait fait 35°, on aurait pu espérer liquéfier la résine (qui fond à 70°) plus rapidement, et surtout, la conserver liquide plus longtemps. Mais là, par environ 0° dans l'atelier, le chalumeau a du balayer tous ces coudes pendant un bon moment...

Etape 3, la plus facile, écarter l'arrière pour s'ajuster à un moyeu de 135mm. Plutôt facile par rapport au reste.

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Etape 4 : préparer des pattes Salamandre de première génération pour un montage en singlespeed (j'avais fait découper ces pattes pour pouvoir les préparer pour singlespeed, Rohloff ou dérailleur et coupant ce qui ne sert pas) et leur donner un bel état de surface pour la brasure. C'est Jacob qui s'y colle

Etape 5 : Pendant que Jacob prépare les pattes, je centre le tube dans mon gabarit de bases en vue de leur soudo-brasage.

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Etape 6 : pointage des pattes sur le tube, dans le gabarit de bases

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Etape 7 : soudo-brasage des pattes hors du gabarit. Une tige filetée les reliant permet d'éviter une déformation

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Etape 8 : ponçage méticuleux des brasures. C'est le soudo-braseur qui s'y colle pendant que je tripote Laure (les freins hydro c'est la purge !!!) et prépare le café.

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Etape 9 : Jacob s'explose les yeux en regardant son travail ! Merci Copain :D

Etape 10 : Remettre le "déjà un peu plus que tube" au clou jusqu'au prochain copain motivé. A qui le tour ?

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22 décembre 2020

Patience...

Trop envie de rentrer avec Tribute to Gus hier au soir. Mais pas de garde-boues alors patience...

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Un grand MERCI à Lucien pour le porte-paquets avant qu'il a réalisé en grande partie mais n'a pas eu le temps de terminer avant la fin de son stage.

Et désolé pour le flou des photos, l'humidité ambiante a mis de la buée sur l'objectif...

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18 décembre 2020

Expérimentations

9 ans, c'est un cycle en numérologie.

Décembre 2011, j'expérimentais dans un atelier quasiment vide, des méthodes, des outillages, la soudo-brasure (avec du mauvais matériel et une technique toute pourrie) la fabrication de mon premier fat qui allait me faire découvrir un nouveau monde à deux roues.

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Décembre 2020, ce premier fat m'observe d'en haut alors que j'expérimente à nouveau tout azimut, la soudo brasure avec de bonnes baguettes et des conseils avisés mais surtout d'autres géométries, des guidons, des fourches... Remettre en question mes acquis. Et si les autres avaient aussi raison, d'une autre manière...

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Objectif, trouver la solution la plus simple possible pour des vélos les plus polyvalents possibles. Mes objets d'expérimentation s'appellent Tribute to Gus (en haut), Fat Old Sun (en bas) mais également Laure. Laure qui est tellement modulable qu'elle se plie volontiers à mes expérimentations. Fat Old Sun attendait ses pneus pour être essayé, alors c'est sur elle que se sont concentrés mes derniers essais.

Déjà, un nouveau guidon. Le H-bar de Tribute to Gus a été volé par Fat Old Sun. Il lui en faut un neuf qui servira dans un premier temps à faire quelques essais sur Laure. Plutôt que de partir de zéro, nouvelle idée. Vous vous rappelez que Ptitou m'a énervé avec son cargo ? L'inconscient m'a laissé l'ancien guidon de ce cargo. C'était compter sans mon esprit de vengeance... DISQUEUSE !!! Peut-être vous souvenez-vous aussi de cet outillage à fabriquer les ensembles guidon-potence réalisé avec mes stagiaires Lohan et Max ? Ni une ni deux, voilà un beau combo H-bar-potence. Un peu plus d'angle que le précédent (60°) et des extrémités recourbées plus vers le haut...

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Comparaison avec le guidon de Laure construit sur la même base (Nitto Bullmoose).

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Et avec celui désormais attribué à Fat Old Sun

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Et c'est Laure qui a la primeur. D'abord en version habillée...

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P1100690Puis à poil...

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Les mesures prises sur Laure sont intéressantes. Elles correspondent à très peu de choses près au Jones Plus SWB dont je cherchais à connaitre le comportement avec un H Bar (valeurs de Laure entre parenthèses) : angle de direction 69° (69,7°), angle de selle 72° (71.2°), déport de fourche 55mm (50mm), BB drop 76mm (73mm), longueur de bases 449mm (449mm), empattement taille S 1066mm, taille M 1092mm (1075mm). Bref pas une copie conforme, mais pas de quoi transfigurer un vélo.

Résultat, Laure la sérieuse esquisse un sourire. Le H bar en mains j'ai plus envie de la bousculer que d'habitude, de m'amuser, de sauter. Elle se laisse gentiment faire. Mais c'est quand même pas Double 4 ou Orange. Elle veut bien sauter ou cabrer mais il faut anticiper. C'est bien ce que je pensais. JJ est grand et il roule sur des terrains avec du "flow". Pour ma pratique, mes mensurations et mes terrains je reste plus adepte de mes géométries habituelles plus réactives. Reste que Laure ainsi équipée est un vélo très agréable à rouler. Je vais l'essayer plus longuement que sur ma boucle test de 10km, très VTT et bien trempée, sur du calcaire glissant et selle trop haute.

Quant au guidon, je le trouve tout bonnement parfait. Il tombe naturellement sous mes mains, je joue avec le vélo sans souci et je peux adopter des positions très variées selon le profil du terrain ou mon état de fatigue. Test à prolonger...

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Second chantier, Tribute to Gus. C'est clairement un vélo qui doit acquérir une capacité cargo. D'ailleurs il rejoint un autre projet que j'ai en tête, Cargito (pour tout petit cargo). L'idée était qu'à 460mm de bases on a déjà perdu le côté ludique du vélo (au sens cabrer, sauter...), ce que cet essai tout neuf sur Laure ne dément pas ou si peu. Pour autant on n'a pas encore gagné de véritable capacité cargo. Si on veut vraiment charger l'arrière, il faut le faire au delà des talons, donc de l'axe de roue, et le vélo va devenir très volage. Je me suis dit qu'avec 10cm de plus, le vélo conserverait un comportement de vélo mais pouvait être doté d'une vraie capacité de transport s'il était doté d'un porte bagage solide et de plateformes latérales.

Pour moi les plateformes sont la clé du cargo long tail. Ce sont elles qui permettent de poser un carton, une caisse, une roue de vélo ou les pieds d'un passager, même toute petites. Alors go. Je profite de la présence de Lucien, un jeune stagiaire hyper moteur et motivé cette semaine pour cette conversion. Il a aussi participé à la fabrication du guidon, rayonné une des deux roues 27.5 de Laure et participé à l'essai (joli coup de guidon le jeune !).

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Fabrication d'extensions de pattes de roue (celles-là seront soudées au TIG, la brasure n'est pas le meilleur procédé pour du bout à bout). La disqueuse et la perceuse à colonne font le job à l'unité, mais si ça devait se reproduire, vive la découpe laser !

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Lucien vérifie le calage symétrique des deux côtés du porte-bagages.

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Et voilà le travail. Surpoids de l'ordre de 1600g pour une vraie capacité cargo (à tester quand même). Je ne trouve pas ça très cher payé, comparé aux 800g d'un porte bagages de qualité correcte qui ne permet pas beaucoup plus que de fixer une paire de sacoches.

Reste plus qu'à essayer tout ça. Le pneu arrière de Fat Old Sun m'attendait à la maison. La météo de la semaine prochaine s'annonce bien meilleure que celle de cette semaine. Ça sent le pédalage tout azimuts...

 

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11 décembre 2020

Fat Old Sun, suite...

La bouteille d'acétylène a eu la bonne idée de me signifier sa vacuité dès les premières secondes d'allumage du chalumeau. Fat Old Sun n'a donc pas été soudo-brasé mais soudé au TIG. Ça m'a permis de me chauffer les nerfs sur les petits recoins comme par exemple autour du tube de selle...

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Mais c'est aussi beaucoup de facilité au pointage (pas besoin de chauffer 5 minutes pour faire un point) et les zones libres passent crème en quelques minutes. Certaines soudures comme le raccord de tube de selle ne pourraient pas se faire à la brasure qui n'est pas assez résistante pour du bout à bout (il faudrait manchonner et braser à l'argent). Bref ça bataille dur dans ma tête entre les deux procédés !

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Qui dit plus d'acétylène dit pas d'inserts divers et variés, guide-durites et autres. Mais ça attendra. Pour l'essai 2 tours de scotch feront bien l'affaire...

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Fat Old Sun a aussi piraté le guidon de Tribute to Gus. A priori ce sera son guidon définitif et Tribute to Gus bénéféciera d'un autre guidon avec plus d'angle et en 25,4. Manquent encore quelques pièces dont surtout une paire de pneus ! J'ai profité de ce projet pour rayonner des roues en 27.5 fat en stock depuis pas mal de temps. Mais je n'ai pas les pneus fat qui vont dessus...

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Mais je suis très content d'avoir pu utiliser ce pédalier Shimano Saint qui attend son heure depuis un moment. Les bases longues présentent l'avantage de faire passer facilement ce genre de pédalier incompatible avec des bases plus courtes (couronne, spider et même manivelles interfèrent avec les bases). Avec même une couronne de 34 dents ici (même s'il va falloir la tirer ensuite !). Sur la ligne de chaine extérieure, on obtient avec un pédalier pour boîtier de 83 une ligne de chaine parfaite pour un moyeu fat en 170 avec en cadeau un Q factor réduit.

To be continued...

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