Je tourne à droite sur la petite route qui monte à Villeneuve et l’odeur me saute au nez. A cette époque, la France sent le foin, le Mont Lozère sent les genêts. J’attendais cette odeur, signe de l’entrée dans la dernière étape de mon périple. La France qui sent le foin, j’en ai traversé un bon petit morceau depuis une semaine. Parti de Saint Malo, j’ai suivi les canaux d’Ille et Rance puis de la Vilaine jusqu’à Saint Nazaire, longé la côte atlantique jusqu’à la Charente Maritime, remonté la Sèvre jusqu’à Niort, tracé mon itinéraire à la carte à travers la Haute Vienne, la Dordogne, le Lot et Garonne, suivi les canaux de la Garonne et du midi de Moissac à Castelnaudary, obliqué plein nord vers Albi pour  rejoindre le Tarn que je suis en train de remonter jusqu’à sa source, au Mont Lozère. Quel étrange parcours ! Quelle cohérence dans cet itinéraire ? Qu’est ce qui un jour a bien pu me pousser à créer tel tracé ?

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Mode "super-touriste" pour Laure et son valeureux pilote !

Cette idée est née d’un message dans lequel je donnais à mon correspondant un numéro de téléphone sous la forme de cinq départements. C’est la première fois que j’ai vu mon numéro de téléphone comme une invitation au voyage ! Pourquoi réfléchir plus loin ? Ce compagnon qu’on craint plus que tout au monde de laisser seul quelques minutes - ou plutôt que, sans lui, le monde ne nous laisse seul - nous offre une opportunité d’itinéraire qu’aucun guide de voyage n’oserait proposer ! Un voyage inédit, presque parfaitement à la carte : il n’existe théoriquement que 24 personnes (48 pour les numéros qui comportent  06 et 07) au maximum qui ont les mêmes nombres à deux chiffres dans leur numéro, à supposer que tous soient attribués. Ça laisse peu de chances qu’un ami à vous fasse le même voyage…

Dans mon cas, une fois réorganisé en un parcours logique, ça m’a donné Côtes d’Armor (22), Haute-Vienne (87), Tarn-et-Garonne (47), Aude (11) et Ardèche (07).  Bien heureux pour un ardéchois d’avoir un numéro en 07 plutôt qu’en 06…  J’ai donc pris le train d’Avignon à Saint-Malo (qui n’est pas dans le 22 mais bien dans le 35) pour un périple en forme de fil téléphonique, ce qui, pour un téléphone portable, est bien un comble. Et puisqu’un voyage se veut une coupure, une évasion, j’ai fait celui-ci en laissant justement mon téléphone à la maison. Ce fil à la patte sans fil qui nous relie en permanence à ce qui n’est pas ici et maintenant, ce petit joujou dont je suis, à l’instar de bien de mes congénères, accro voire franchement dépendant, cet objet  indispensable dont on s’est pourtant bien passé  depuis les débuts de l’humanité, n’était pas de la partie. Petit clin d’œil, à peine monté dans le train, alors que j’avais déjà eu envie d’envoyer dix SMS, juste en face de moi, une mère et son fils s’échangeaient leurs contacts. Le premier commençait par 0 666 ! Diabolique cet outil ?

La suite est un n-ième voyage à vélo qui n’appartient qu’à moi : longues pédalées sous un soleil omniprésent, petits soucis mécaniques, petits soucis bio-mécaniques, rencontres sympathiques, bivouacs improvisés… Rien que vous ne connaissiez déjà tous. La petite différence ce sont ces mille petites occasions où j’aurais eu tendance à prendre mon téléphone et où je n’ai pas pu le faire. Mon seul but aujourd’hui est de vous faire découvrir  le concept du Téléphone-Tour : un voyage à vélo, en suivant les numéros de son téléphone, sans prendre son téléphone. On peut broder autour du concept. J’ai choisi la version soft : liaison en train (et arrivée à la maison puisque dans mon cas ça collait on ne peut mieux). Mais on peut envisager des versions plus sport : liaisons de départ et d’arrivée à vélo, numéros pris dans l’ordre… Et quand un numéro est supérieur à 95 ? On peut certes envisager le pédalo pour partir dans les DOM. Mais inverser les deux chiffres ou les additionner donnera de manière simple un numéro plus exploitable.

En espérant que ces quelques lignes vous aient donné des idées. A vos numéros, posez vos téléphones, partez!