C'est ma résolution pour cette nouvelle année. Crise d'adolescence tardive ou annonce d'un âge enfin adulte ?

Mais avant de vous présenter mes belles résolutions pour cette nouvelle année, je me joins à Fred de Cévènavélo pour vous souhaiter une belle année 2019. Cet après midi Fred a enfumé son atelier à la lentille corail carbonisée (dont l'odeur m'a extirpé de ma sieste !). Alors plutôt que de nous asphyxier, nous avons profité de cette belle dernière journée de l'année pour aller saluer notre Saint Graal local, sa majesté le Serre de Barre

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Mais revenons à mes belles résolutions. "Je fais ce que je veux."

Déjà qu'est ce que je veux ? Je ne peux pas tout avoir, je ne peux pas tout faire, je ne peux pas tout vivre, je ne peux pas tout voir... Il va falloir choisir ce que je veux vraiment, et renoncer au reste... Aïe, ça se corse déjà cette crise d'adolescence ! Mais plus difficile encore, dans je veux, il y a deux mots. Le premier est "Je". Qui est-ce qui veut dans je dis :  "je veux" ? Est-ce vraiment moi  ? Je ? Ou est-ce quelqu'un d'autre ? Ma compagne, mes parents, mes enfants, mes amis, mes clients, les gens dont je veux qu'ils m'aprécient, la société tout-entière, ou simplement une part frustrée et pas vraiment objective de moi-même ?

En quelques lignes, cette phrase d'enfant en colère est devenue un vrai casse tête. Pour faire ce que je veux, je dois d'abord déterminer ce que moi, et seulement et réellement moi, je veux vraiment, puis je dois choisir de me limiter à cela en renonçant à d'autres voies pourtant si engageantes... Ensuite il va me falloir de la volonté. Il va me falloir bannir les phrases excuses. "Je n'ai pas le temps". Si j'ai vraiment fait mes choix, j'ai le temps de les mettre en oeuvre. "Je n'ai pas le choix". J'ai toujours le choix mais tout choix implique des conséquences, lesquelles suis-je prêt à assumer ? Eviter les renoncements au premier obstacle "Finalement c'est pas ce que je veux...". Bref, je vais devoir être intransigeant avec moi-même.

Pour ce qui nous concerne ici, Salamandre, pour 2019 je veux agir dans plusieurs voies :

- Je veux mettre à niveau mes outillages de base dont certains n'ont pas été réalisés de manière assez précise et génèrent un surplus de travail inutile et très frustrant : gabarit de fabrication des bases et haubans, support de pattes de roue arrière de mon gabarit principal...

- Je veux également développer de nouveaux outillages pour faire évoluer mes fabrications : outil de cintrage des bras de fourche, nouvelle cintreuse de bases-haubans, gabarit compact pour réaliser rapidement mes vélos habituels, au chaud dans la partie fermée de l'atelier...

- Je veux creuser plusieurs pistes techniques : aboutir le vélo du concours de machines très prometteur mais seulement l'ébauche de ce qu'il pourrait être, et d'autres projets que je garde secrets pour l'instant...

- Enfin, je veux prendre le temps de rouler plus, de communiquer (un peu) plus, terminer et vendre les vélos qui encombrent l'atelier...

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Mais cette petite phrase "Je fais ce que je veux" peut prendre un sens encore plus profond : "J'agis dans le sens de ce que je veux voir advenir", "Je suis le créateur du Monde que je veux", "Je veux que le Monde aille dans cette direction, j'agis en conséquence". Je suis guidé par cette idée depuis de longues années. Pourtant que d'entorses je peux y faire au quotidien ! L'achat sur Amazon de 100 rouleaux abrasifs pour Dremmel au prix de 2,50€ port compris (de Chine) a été la goutte d'eau. A ce prix là on ne couvre même pas les frais de port en France. Qui a fabriqué ces rouleaux, dans quelles conditions ? Quelles conséquences écologiques, économiques ? Si j'ai bien un pouvoir, c'est celui d'acheter ce qui me convient et de ne pas acheter ce qui ne me convient pas. Dans ma vie de tous les jours, combien de fois ai-je commandé des vêtements, pièces, outils ou autres sur le premier site internet qui apparait (le plus gros, le moins cher) au détriment du magasin local chez qui je me contente de me dépanner et qui ne dépannera bientôt plus personne ?

En tant que constructeur artisanal de cadres de vélos, je bénéficie automatiquement de la bénédiction absolue du public. Le vélo est écolo, je travaille de mes mains, en France. Pourtant, je me sens bien loin de ce que j'aimerais vraiment incarner. D'où viennent mes fournitures ?  Quels trajets motorisés sont générés par mon activité ? Ne crée-je pas des besoins nouveaux qui vont générer une consommation que je ne souhaite pas ? Combien de fois ai-je fait baisser artificiellement le prix d'une Salamandre en indiquant le prix d'un vélo équipé de pièces qualifiables de "génériques" a priori fort peu "équitables" ? Je ne peux pas choisir pour mes clients, mais, en tant que "générateur de besoin en pièces", je me sens la responsabilité d'informer.

J'ai une définition bien à moi d'un vélo "équitable". C'est un vélo que chacun des intervenants de sa fabrication pourrait raisonnablement s'offrir s'il le désirait. Par "raisonnablement" j'entends jusqu'à 4-5 mois de salaire (ce qui n'a rien de choquant si l'on se rend compte que nos échelles de prix ont été faussées), pas plusieurs années. Dans certains pays, les ouvriers commencent à avoir un niveau de vie acceptable, mais si les prix sont 5 ou 10 fois plus faibles qu'en France, est-ce équitable pour nous ? Voulons nous conserver une activité de production locale ? Malheureusement, ce vélo ne peut déjà plus exister car certains composants ne sont déjà plus fabriqués de manière plus ou moins locale. Alors faisons les meilleurs compromis.

A mon niveau je veux augmenter la part de constituants de cadres produits le plus localement et le plus éthiquement possible. Ce sera tout d'abord le cas pour mes futurs bras de fourche dont les tubes ont été produits en Seine et Marne, conifiés par une toute petite entreprise de Barcelone puis cintrés à l'atelier. Les tubes bruts, qui ont constitué une immobilisation financière importante en 2018, seront également utilisés pour les tubes de selle après usinage. Ce sera ensuite le cas pour les haubans puis les bases. A terme, chaque constituant va être passé au crible pour augmenter la part de fabrication la plus locale possible. Je vais également veiller à la provenance des constituants de mes outillages.

J'envisage également de créer des vélos dont certains composants spécifiques hors cadre et fourche seront produits à l'atelier. C'est par exemple le cas de "la Râleuse" (ainsi baptisée par auto dérision envers mon esprit râleur du moment), le vélo que j'ai présenté au concours de machines, dont la fourche intégre pseudo-potence, demi-guidons et roulements de direction (SKF suédois mais à l'avenir de bons SNR savoyards !)

"En 2019, je fais ce que je veux". Vaste programme. Bonne année à vous tous !

livraison Fatall

PS : non désolé, je ne prends pas la résolution de faire toutes mes livraisons en tall bike !!!