Nos amis anglophones sont les spécialistes des néologismes. Ils ne s'encombrent pas de descriptions complexes du genre "voyage tout terrain avec un VTT à gros pneus". Pour la randonnée pédestre sur plusieurs jours, il faut un sac à dos : "a backpack". Ni une ni deux, la randonnée pédestre devient du backpacking. La même chose à vélo et on obtient du bikepacking. Et si enfin le vélo en question a de gros pneus, il ne faut que le temps au cerveau de faire un tour dans sa boîte pour créer le fatpacking. Facile non ? Certes, cela pourra créer un conflit avec la communauté des randonneurs prônant une alimentation à base de lipides qui peuvent aussi revendiquer la création du fatpacking !!!

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Vue depuis le Mourre de la Gardille. A la verticale du duvet, au loin, la crête du Serre de Barre qui domine Les Vans et cache Banne et la maison, point de départ et d'arrivée du périple.

Le premier tour en sud Ardèche et Lozère avait pointé la difficulté de manier ce vélo avec ce cintre "mountain drop bar". De plus certains passages du parcours m'avaient laissé un goût d'inachevé. Après remplacement du cintre par un modèle plus approprié, j'ai donc rechargé mon "Fatpack bike" et suis reparti pour trois jours sur un parcours quasiment identique mais présentant certaines modifications d'itinéraire pour moins de passages peu agréables (portages notamment) et plus de belles vues.

Première étape jeudi après midi de Banne jusqu'à l'épaulement du Mont Lozère (les Bouzèdes). Partir d'Ardèche méridionale à 14H en plein mois d'août pour plusieurs heures de montée sans ombre est décidément une drôle d'idée. Heureusement que l'on peut se baigner çà et là... Vendredi, balade contemplative sur le Mont Lozère jusque vers 14H puis Montagne du Goulet et Mourre de la Gardille en fin d'après midi. Et enfin samedi, rendez vous avait été pris pour la dernière étape avec Gairy, un anglais fan de bikepacking (vous voyez c'est très pratique) ayant élu résidence en nord Ardèche. Lorsqu'à moins d'une heure d'intervalle deux personnes m'ont parlé de Gairy (Romain, fondateur du forum  bikepacking (encore !!!) et Beth, fabricante des sacoches de cadre Wildcat), j'ai décidé de le contacter immédiatement. Au programme du samedi donc : crête des Trois Seigneurs, Col de Meyrand puis descente (mais pas en roue libre !) sur les Vans : plus de 70 km de vrai VTT auxquels ajouter 15 km de route pour rallier Banne.

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Le vélo de Gairy et le mien avec leurs belles sacoches Wildcat sur la crête de l'Abéouradou

Objectifs atteints tant pour le vélo que pour le parcours. Ce cintre a transfiguré le vélo qui est désormais un monstre de facilité. On peut être dubitatif a priori quant aux capacités d'un vélo aux mensurations aussi imposantes à franchir les secteurs les plus techniques. En définitive, il s'avère extrêmement facile à placer. Même les bouteilles sur le côté ne posent pas de réel problème d'encombrement (et cette fois j'en ai pris deux, bien m'en a pris vu la chaleur du samedi) et j'ai pu passer entre des blocs rapprochés sans rien toucher, là où des sacoches n'auraient pu passer. Mais il s'agit là d'une solution provisoire, je le rappelle. Dans les plongeons les plus raides, le vélo se contrôle très facilement sans avoir peur de l'OTB (passage inopiné par dessus le guidon en jargon vététiste : Over The Bar). Quant aux descentes rapides, ce vélo y est une véritable arme capable de laisser loin derrière de nombreux VTT classiques non chargés.

Mais c'est peut être dans les montées ardues rocailleuses ou fuyantes que ce vélo s'avère le plus étonnant. La présence de Gairy sur la journée la plus technique m'a poussé (ego oblige !) à tenter plus de franchissements en montée que je ne l'aurais fait spontanément en mettant pied à terre. Certes, chargé de la sorte, le vélo ne grimpe pas comme un cabri et il faut appuyer sur les pédales, mais sa longueur combinée à la motricité du pneu arrière, permet de venir à bout de raidillons que je n'aurais pas imaginé franchir de prime abord. Etonnant !

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Descente depuis le sommet de Finiels en suivant les montjoies, pieux de granit servant à repérer le cheminement dans le brouillard ou la neige, si elle ne les recouvre pas entièrement !

Quant au parcours, oublié le portage galère entre les genêts avant le Col de Finiels ; oubliés également le second portage et la descente trop chaotique pour être amusante sur Loubaresse, échangés contre une ascension sur piste et un superbe panorama depuis le Col de Meyrand. Mais surtout, quel dommage au premier tour de ne pas être monté jusqu'au pied du sommet de Finiels. Probablement le plus beau paysage de tout le parcours (vu la qualité du reste ce n'est pas rien !). Place uniquement à du beau, du roulable et de belles descentes techniques et ludiques pour combiner effort, contemplation et plaisir de maîtriser son vélo. J'ai profité de cette seconde sortie pour emmener un GPS en enregistrement. Après dépouillement de la trace, je la mettrai en libre partage sur un site dédié. Avis aux amateurs.